III- DIMENSION SEMANTIQUE DES MOTS ETHIQUE ET MORALE


L'homme est en passe d'acquérir la maitrise de la vie et de chacune de ses étapes. Cette maitrise pose des questions appelées questions dites "éthiques". Que recoupe la définition que nous donnons à "l'Ethique "? Où se situe-t-elle par rapport à la Morale?
Le dictionnaire de l'Académie française entend par Ethique "ce qui concerne la Morale". Elle englobe dans cette définition l'ensemble des principes et des jugements qui caractérisent un groupe ou une profession.
Le sens héllénique du mot " éthos" désigne également l'ensemble des habitudes et des comportements, mais il signifie aussi et surtout la tenue de l'âme. Par extension il définie "la juste place de toute chose".
Aujourd'hui l'éthique répond à cette définition en intégrant une notion dynamique que ne possède pas la morale. En effet alors que la morale apparait comme établie, absolue, l'éthique s'inscrit dans un mouvement de société, englobant une cinétique de discussion et de remise en cause raisonnée. L'éthique implique une réflexion d'ordre critique, une réévaluation permanente. Par opposition au mot "morale", l'éthique suppose donc que l'on s'interroge en permanence sur les principes et les actions.
Paul Ricoeur place ici l'intention éthique comme une démarche qui précède la morale. Il parle "d'intention éthique" plutôt que d'éthique, pour souligner le caractère de projet de l'éthique et le dynamisme sous-tendu par ce dernier. Il propose de réserver le terme d'éthique à tout le questionnement et à tout le travail qui précède l'introduction de la loi morale. Il entend alors par morale tout ce qui se rapporte aux normes définies, aux lois, aux impératifs qui définit ce qui ce qui est de l'ordre du bien et du mal. L'intention éthique est la démarche qui aboutit à la constitution de la notion de valeur. Les valeurs sont ce qui chez les anciens était appelé vertus - dans les dialogues socratiques de Platon: l'égalité, le courage, la pitié ( Euthyphron), la justice ( République)-. Le terme de valeur renferme la notion du verbe "évaluer". Cette intention évaluatrice participe pleinement au champ de l'éthique. Elle reconnait à chacun le droit et le devoir d' évaluer ce qu'y est fait par lui même et par l'autre. Ainsi pourront être évalué en toute réciprocité ce je dis, ce que je décide et ce que je fais.
La valeur, définie par le cheminement éthique, s'inscrit dans une histoire culturelles communes, qui permet de définir une régle. Cette règle n'est acceptée que si il y a eu médiation antèrieur, c'est à dire travail éthique exigent. Selon Ricoeur, l'excellence de la valeur et de la règle est la marque d'une action issue de l'intention éthique. On retrouve là le sens des valeurs de l'Ethique d'Aristote, où les vertus prennent le sens fortement éthique " d'excellence dans l'ordre de l'agir". Jean Bernard lui même n'est pas loin de cette exigence lorsqu'il dit que, "l'Ethique est l'expression de la mesure; Elle est garante de l'harmonie qui résulte de la bonne tenue de l' âme et qui commande la juste place de toute chose et de tout acte". Fruit d'un travail de la pensée, l'éthique permet d'intégrer à chaque situation l'ensemble des paramètres nouveaux avant de proposer un avis. Dynamique et évolutive, menée avec rigueur et désormais suivant une méthodologie, elle peut donc être qualifiée de "science de la morale". Alors que, "éthique" et "morale" semblaient strictement superposables, l'éthique a pris une dimension aujourd'hui plus large, comme si elle était une sorte de réflexion qui permet de faire évoluer les règles de la société.

LEM Necker / DISC Inserm - URL : http://infodoc.inserm.fr/ethique
Page modifiée le 04/09/99